Trop de descriptions ennuient le lecteur. De bons dialogues, qui sonnent vrai, plaisent d’avantage, c’est un fait avéré. lorsque je choisis un livre, s’il n’est écrit que de longs paragraphes bien serrés, il faudra que la 4ème de couverture soit très convaincante pour que je ne le repose pas sur le présentoir. Si mon avis n’est pas suffisant, demandez à votre libraire !
Souvent, on a tendance à garder la parole en faisant tout dire par le narrateur : ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il dit, ce qu’il pense. Ainsi, le lecteur n’a qu’un seul point de vue. La multiplication des points de vue par des personnages différents ajoute de l’attrait au récit. De plus, ils aèrent le texte s’ils sont sous forme de dialogues matérialisés par des tirets à la ligne.
Exemple :
- Les enfants, quels sont les trois principaux genres littéraires ?
- Le Lyrique ?
- Bien Pattie ! Le lyrique, dans lequel le romancier-narrateur garde égoïstement la parole.
- Oui m’sieur, j’ajouterais que dans le lyrique il y a la poésie, mais pas que…
- Oui, bon ça va, on ne va pas s’étendre !
- Oh si m’sieur ! Je veux bien m’étendre sur le sujet…
- Dehors Pattie ! Qui peut me donner un deuxième genre ?
- Le théâtre…
- Bravo André ! Le théâtre, qui n’est composé que de dialogues.
- Oui m’sieur, mais dans le dialogue théâtral la ponctuation à une importance capit…
- Ce n’est pas le sujet André ! Dehors !!!
- Quel est le troisième genre ? Personne ne sait ? Pat ?
- Le roman, m’sieur…
- Quand même ! Mademoiselle Pat se réveille ! Oui, la nouvelle et le roman qui sont un genre mixte, constitué de descriptions et de dialogues.
- J’aime bien la mixité, m’sieur. Si vous voyez ce que je veux dire…
- Petite perverse ! Dehors !!!
Donc une nouvelle est constituée de descriptions et de dialogues. Il faut des descriptions pour situer les actions, d’accord, mais elles ne sont pas naturelles. Il n’y a pas de description dans la vie courante, par contre, il y a énormément de dialogues. Le dialogue est naturel et fait vrai. Il faut donc l’utiliser au maximum. Pour cela, il faut faire se rencontrer des personnages et les faire dialoguer entre eux.
Mais les dialogues eux aussi doivent servir l’histoire. Par exemple, dans le dialogue ci-avant, le lecteur voit tout de suite que le professeur est un psychopathe grave !
Les dialogues ne sont intéressants que si les personnages ne sont pas d’accord. Si tous sont d’accord, la conversation tombe et l’intérêt du lecteur aussi. Par contre, s’ils ont des points de vue opposés, l’intérêt monte. C’est comme ça dans la vraie vie !
Par exemple, le dialogue aurait été beaucoup plus intéressant si Pattie, André et Pat avaient répondu au lieu de se laisser fiche dehors.
Je vous laisse l’imaginer…
Quelques points à réfléchir avant d’écrire un dialogue :
1) Quels rapports entretiennent les personnages entre eux ?
Sociaux : père, fils, patron, employé, etc.
De caractère : timide, vantard, menteur, etc.
De situation : Cordiaux, d’affection, de crainte, de méfiance, etc.
2) La longueur des répliques.
Il y a toujours un personnage qui parle le plus. Un bavard, un taiseux. Un qui veut des infos, un autre qui ne veut pas les donner. Un qui veut dominer, un autre qui semble soumis. Donc, évidemment, les répliques ne doivent pas être de même longueur.
3) le ton.
C’est peut-être le point clé d’un bon dialogue.
Changez de niveau de langage pour chaque interlocuteur. Chaque personnage doit parler comme on parle dans son milieu social. S’il s’agit d’un boucher sur un marché parisien, il ne dira pas : « je vous prie madame de me dire ce que vous désirez comme morceau », mais plutôt « J’vous l’met dans quoi votre steack ma p’tite dame ? » Pas plus que la dame en question ne répondra : « Dans le filet, peuchère » si elle est née à Paris dans le quartier de Belleville.
- J’ai un truc. Je ne sais pas si je vais vous le donner, bande de cancres !
- Si, si Togna, nous t’en prions à genoux, donnez-nous votre truc…
- Tes grave keumé, si tu veux pas nous l’refiler on va trouver un djèse ou te l’bébar.
- Si tu veux pas l’donner, garde-le, connard ! Ton truc, j’me l’met où j’pense !
- Cher Togna, se faire ainsi prier est d’un mauvais goût…
- Je m’en bats la race de son truc à ce bouffon !
- Si vous nous le donnez, nous prierons pour vous chaque soir pendant… un certain temps.
- Vraiment, ces enfants sont d’un vulgaire ! Ne cédez pas cher Togna…
- Mais, je n’ai pas l’intention de céder.
- Ta gueule ! Tu me l’donnes ton truc ou j’t’en colle une !
- Cet argument est frappant. Voilà, mais c’est bien parce que c’est vous.
Ce n’est pas vraiment « un truc », il suffit de supprimer les incises du type « dit Paul, demanda Jules, répliqua Jean ». Si malgré cela chaque voix est reconnaissable, si le lecteur comprend qui parle, votre dialogue sera peut-être bon. « Peut-être », parce que sa réussite dépend aussi de son contenu.
Ainsi, dans le dialogue ci-avant, combien reconnaît-on d’interlocuteurs ?
Il y en a cinq : une mère supérieure, un jeune d’une cité de banlieue, un vantard vulgaire, un ou une snob et mézigue. Si, dans le récit où est inclus ce dialogue j’ai nommé auparavant les personnages, le lecteur attentif (ah oui, on doit être attentif en lisant aussi, pas qu’en écrivant), les reconnaîtra sans peine.
Et puis ce n’est pas tout. Évitez le style trop « parlé ». Il ne faut pas s’évertuer à être vrai, mais plutôt à faire vrai.
Pour Oniris, en ce qui concerne la typo, respectez scrupuleusement la forme des dialogues ci-avant. Pas de « ». Pas d’espace AVANT le tiret. Un saut de ligne AVANT et APRÈS le dialogue.
Et puis, n’oubliez pas, la première lettre d’une incise de dialogue n’est jamais majuscule.
Ex :
- Ta gueule ! Tu me l’donnes ton truc ou j’t’en colle une ! dit Jules.
Règle typo n°2
Les points d’interrogations et d’exclamations doivent être solitaires ou aller par trois. JAMAIS par deux, ni par quatre ou plus.
Je vous en supplie, respectez cela si vous avez une once de compassion pour les correcteurs. Si vous n’avez pas de compassion… la mère supérieure vous infligera un châtiment corporel !
Les incises.Considérées comme une inélégance syntaxique jusqu’au 18ème siècle, elles sont largement utilisées dans le roman moderne.
Pourtant, si elle survit aux raffinement de la mise en page du dialogue, il faut croire que l’incise a d’autres fonctions que celle d’aider à la reconnaissance de la parole d’autrui. Etant un petit morceau de narration introduit dans le discours direct (ses temps sont ceux du récit et non ceux du dialogue), elle insère les paroles dans le texte. Elle fait ainsi apparaître que le dialogue n’est pas autonome par rapport au récit.
Ainsi, elle peut avoir les fonctions différentes suivantes :
- Sans impliquer de jugement, être simplement informative en qualifiant la manière de dire : articuler, crier, hurler, murmurer, chuchoter, vociférer, débiter, dégoiser, bonir…
- Reconstituer l’action qui accompagne la parole : gémir, pleurer, sourire, regarder…
- Replacer la réplique dans la situation de communication : répondre, répliquer, rétorquer, répéter, transmettre, propager, objecter, faire observer…
- Être évaluative, elle infère alors un jugement en évoquant l’intention ou le sentiment qui accompagne la parole : féliciter, déplorer, reprocher, regretter…
- Porter un jugement sur la valeur de vérité du discours : prétendre, révéler, avouer, prouver, démontrer, dévoiler…
Alors, incises ou pas incises ? Les nouveaux romanciers ont mauvaise conscience à l’employer. Boris Vian, dans certains ouvrages, a pris le parti de n’utiliser que le verbe dire, au risque d’être monotone, mais il était Boris Vian… À vous de décider. Moi, qui suis un être équilibré, mesuré, raisonnable et sensé, je dirais que c’est comme la modestie, point trop n’en faut.
Dans un dialogue question-réponses, grâce à l’alternance, le lecteur sait qui prend la parole. On peut ici s’en passer.